Interview — Timothée Moulinier : « Pas de décarbonation maritime sans construction navale en France »

Lors d'un entretien pour le hors-série dédié aux chantiers navals Le Marin, Timothée Moulinier, Délégué à la R&D, à l’Innovation et au Numérique du GICAN rappelle l’abondance des offres françaises pour la décarbonation mais aussi le risque bien réel de voir les chantiers et équipementiers français passer à côté de ces opportunités industrielles.

Décarbonation maritime : une offre française solide, mais un risque de désindustrialisation selon le Gican

Alors que la transition énergétique s’impose au secteur maritime, le GICAN met en lumière le potentiel industriel français avec son panorama des solutions de décarbonation, lancé il y a deux ans. Un outil stratégique, né d’un travail collectif avec plusieurs acteurs du secteur, qui recense aujourd’hui 380 offres issues de 250 entreprises françaises.

Pour Timothée Moulinier, la filière hexagonale dispose de sérieux atouts dans plusieurs domaines : électrification et hybridation des navires, propulsion vélique, maîtrise du GNL et de l’hydrogène, technologies de foils issues de la course au large, ou encore outils numériques d’optimisation des opérations. Une chaîne de valeur complète qui démontre que décarbonation et réindustrialisation peuvent aller de pair.

Mais le constat est aussi alarmant : la demande reste trop faible, notamment dans les chantiers français de navires civils, à l’exception notable des Chantiers de l’Atlantique. « Si nos équipementiers ne peuvent pas développer leurs solutions en France ou en Europe, ils iront là où les navires sont construits, en Asie ou en Turquie », avertit Timothée Moulinier. À la clef, un risque de perte de souveraineté industrielle.

Côté financement, le système européen d’échange de quotas carbone (ETS) commence à générer des recettes pour le maritime. Une partie de ces fonds alimente désormais le programme Innovation Europe, dont certains projets français ont déjà bénéficié. Reste à clarifier l’usage de la part nationale, alors que le gouvernement tarde à concrétiser ses promesses de fléchage vers la décarbonation navale.

Enfin, le GICAN accueille positivement le Clean Industry Deal annoncé par la Commission européenne. Ce plan vise à soutenir la compétitivité industrielle européenne grâce à un meilleur accès à l’énergie, aux matériaux et aux financements. Pour la filière navale, il pourrait marquer un tournant si ses principes sont déclinés dans une stratégie maritime cohérente.

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