Groupement des Industries de Construction et Activités Navales

Quelle place pour les industries de défense dans la relance de l'économie : les réponses du rapport de l'Assemblée nationale



Audition de la ministre des Armées Mme Florence Parly, le 15 janvier 2020. crédit: © Assemblée nationale

 

Le 3 juin la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée nationale a rendu son rapport sur l’impact, la gestion et les conséquences de la pandémie de Covid-19 concernant les armées et l’écosystème de la défense. Dans celui-ci, la question de la base industrielle et technologique de défense (BITD), notamment navale, est évidemment abordée. Le rapport s’intéresse non seulement aux effets de la crise sur celle-ci mais également à la place qui doit lui être donnée dans la relance et dans les futurs arbitrages budgétaires. Le GICAN a contribué à ce rapport en faisant remonter les observations et demandes rassemblées auprès de ses adhérents et partenaires, notamment à lors d’une audition du Président Hervé Guillou devant la Commission au mois d’avril.

 

            Comme le souligne le rapport, qui évoque « une BITD en souffrance », l’industrie de défense a particulièrement été touchée par les mesures sanitaires qui ont fortement contraint son activité. Après six semaines de confinement, il est ainsi évoqué un chiffre de 20% de présence sur site des salariés, et les chaînes d’approvisionnement nationales et internationales ont évidemment beaucoup souffert des restrictions de déplacement. Cependant, le travail de coordination et de soutien de la DGA a permis de conserver les activités critiques, notamment celles-liées à la dissuasion à laquelle l’industrie navale contribue fortement. Les essais du Suffren ont ainsi pu débuter en mer dès le 27 avril 2020, en plein confinement. En revanche, si les travaux de développement ont pu continuer malgré quelques difficultés, la production d’équipements neufs a en revanche été très ralentie, voire à l’arrêt pour l’ensemble des industriels de défense.

            Comme l’explique le rapport, la BITD risque de rentrer dans une crise à la fois liée à l’offre, du fait de la perte de productivité des chantiers pendant la crise sanitaire, et de la demande. En effet, surtout pour les industries duales comme l’industrie navale, les commandes risquent de chuter tant sur le plan civil que militaire, notamment sur les marchés d’export. Cela amène plusieurs dangers pour la BITD. D’abord, beaucoup de PME risquent de souffrir de cette dégradation du marché et voir leur endettement augmenter, grevant lourdement leurs capacités à investir et menaçant leur survie. Elles sont pourtant indispensables pour le dynamisme du secteur. Ensuite, la crise n’a pas atténué la concurrence sur les marchés d’exportation, au contraire car certains pays ont pu soit limiter l’arrêt de leur activité (notamment les pays d’Europe du Nord), soit moins souffrir de la crise comme certains chantiers asiatiques. Le risque de perdre des parts de marché est ainsi réel alors que l’export représente 35% de la production de l’industrie navale de défense et est indispensable pour assurer la rentabilité de certains programmes et pour réduire les coûts pour la Marine Nationale et les autres corps d’armées. Les conséquences de ces fragilités qui apparaissent pourraient aller jusqu’à, à court terme, la disparition de certaines capacités ou leur perte au profit de puissance étrangère qui viendraient racheter des entreprises françaises. A moyen terme, c’est plus globalement la capacité de la France à garder une industrie de défense souveraine qui serait menacée selon le rapport.

 

            Pour ces raisons, le rapport plaide pour que la BITD bénéficie de la relance et pour conserver la trajectoire budgétaire prévue en Loi de Programmation Militaire. Non seulement pour la protéger, et notamment les 1400 PME stratégiques identifiées par la DGA, mais également car elle est un parfait secteur pour la relance. Du fait de sa sensibilité, une très grande partie de l’industrie de défense, et notamment navale, est localisée en France et joue un rôle positif dans les tissus d’entreprises territoriaux. Pour que des investissements publics soient efficaces dans la relance, il faut qu’ils aillent à des productions nationales et non importées, et la BITD remplit parfaitement ces critères. En termes d’emplois (400 000 directs et indirects), de croissance, de contribution à la balance commerciale, et du fait qu’elle est déjà cette industrie localisée en France que beaucoup appellent de leurs vœux dans d’autres secteurs, la BITD semble donc être tout indiquée pour contribuer au plan de relance.